🌙 Le Train qui Portait l’Odeur de la Mer

Publié le 9 décembre 2025 · ← Retour à la liste des histoires

Léna avait cinq ans, de grands yeux curieux et une passion immense : la mer.
Pour elle, la mer était comme une amie très lointaine qu’elle retrouvait chaque été.
Chaque fois que le mois de juillet approchait, elle commençait à poser la même question, presque tous les jours :

« Papa… maman… on y retourne, hein ? On retourne voir les vagues ? »

Son grand frère Théo, qui avait onze ans, aimait lui aussi la mer.
Mais lui, il avait un petit problème : il n’aimait pas du tout la voiture.
Les longs trajets le rendaient malade, et il passait son temps à regarder par la fenêtre en espérant que la route se termine vite.

Alors leurs parents avaient trouvé une solution qui plaisait à tout le monde :
ils prenaient souvent le train pour aller jusqu’à la plage.
Et Léna adorait ça, parce que le train lui donnait l’impression de partir pour une grande aventure.

Ce matin-là, le soleil venait à peine de se lever.
Léna tenait sa petite valise rose, et Théo portait son sac à dos bleu rempli de livres et de jeux.
Quand le train arriva dans la gare, Léna tira la manche de son frère :

« Tu crois qu’on va sentir la mer aujourd’hui ? »
Théo sourit doucement.
« Peut-être. Normalement… quand on approche, le vent change. »

Ils montèrent dans le wagon, s’installèrent près de la fenêtre, et le voyage commença.
Au début, tout était calme : on voyait seulement des maisons, des arbres, quelques champs dorés.
Léna regardait attentivement, comme si elle cherchait un signe secret.

Puis, après une bonne demi-heure, elle redressa soudain la tête.
« Théo ! Théo ! Tu as senti ?! »
Théo regarda autour de lui.
« Sentir quoi ? »
« L’air ! Il est différent ! Il sent… un peu salé ! »

Théo inspira profondément.
Et oui… elle avait raison.
L’air avait changé.
On aurait dit qu’une brise lointaine venait frôler leurs joues, comme pour dire :
Bienvenue… j’arrive… préparez-vous.

Léna colla son nez contre la vitre.
« Le train sent la mer… comme s’il roulait dans son parfum ! »
Théo rigola.
« Tu as beaucoup d’imagination, petite sœur. »

Mais au fond, lui aussi aimait cette sensation :
celle de se rapprocher d’un endroit qu’on aime tellement qu’on peut le reconnaître les yeux fermés.

Lorsque le train ralentit enfin, Léna entendit un bruit qu’elle connaissait presque par cœur :
Shhhhhh… Shhhhhh…
Les vagues, encore très loin, mais déjà présentes, comme un murmure.

À peine sortis du train, Léna saisit la main de Théo.
« Viens ! Vite ! Je veux être la première à dire bonjour à la mer ! »

Ils coururent jusqu’au haut de la dune.
Et là… elle était là.
Immense, brillante, bleue comme un rêve.
La mer.

Léna leva les bras au ciel.
« Coucouuuuuu la meeeeer ! Je suis revenue ! »

Théo riait, essoufflé.
« On dirait qu’elle aussi est contente de te voir. Regarde les vagues, on dirait qu'elles applaudissent ! »

Léna descendit en trottinant jusqu’au rivage et commença immédiatement sa chasse aux trésors.
Elle ramassait tous les coquillages qu’elle trouvait : des tout ronds, des tout fins, des roses, des blancs, et même un qui semblait briller légèrement au soleil.

« Celui-là… il est spécial. Je le sens. Il doit venir d’un pays très très lointain. »

Théo s’accroupit près d’elle.
« Tu vas le peindre en quelle couleur ? »
« Toutes ! Ce sera un coquillage arc-en-ciel, comme toujours ! »

Ils restèrent là des heures, à jouer, à rire, à courir avec les vagues.
Et le soir, quand ils revinrent à la maison de vacances, Léna sortit ses peintures.
Elle s’installa près de la fenêtre et transforma son coquillage :
un peu de rouge, un peu de bleu, une pointe de jaune…
Puis du violet, du vert, et même des petites paillettes qu’elle avait gardées depuis Noël.

Quand elle eut terminé, elle appela Théo :
« Regarde ! On dirait un bout de ciel tombé dans la mer ! »

Théo observa le coquillage, impressionné.
« Tu sais, Léna… chaque été, tu rends la mer encore plus belle. Elle doit être contente que tu transformes ses trésors. »

Léna sourit, posa son coquillage arc-en-ciel sur sa table de chevet,
et ce soir-là, elle s’endormit en rêvant d’un train qui roulait directement sur les vagues,
emportant deux enfants heureux vers un océan qui les aimait.